LA PETITE HISTOIRE DE PULVERSHEIM

Il y a 7000 ans

A l’âge de pierre, des hommes vivaient déjà sur notre commune, comme l’atteste une pointe de flèche en silex trouvée en 1912 et conservée au musée de St Germain en Lay.

Il y a 3000 ans

Les Celtes venus de la plaine du Danube migrent vers l’ouest et installent une colonie entre Pulversheim et Ensisheim. Ils ont laissé de nombreuses poteries et bijoux dans leurs tombes placées sous des tertres fouillés dès 1860 par le curé Walsch de Pulversheim, féru d’archéologie.

Il y a 2000 ans

Les conquérants romains appelaient ces Celtes : les Gaulois. Ceux de Pulversheim appartenaient à la nation des Séquanes dont la capitale était Vésontio, l’actuelle Besançon. Ils deviennent des Gallo-Romains pour 4 siècles de paix prospère et regardent passer les légions sur la voie romaine (l’actuelle D 2 probablement) pour aller relever la garnison du fort de Brisach sur la frontière du Rhin, face aux Germains.

Au moyen âge

Pulversheim est une petite seigneurie indépendante dans l’immense Saint Empire Romain-Germanique et elle se dote d’un petit château-fort : un carré de 26 m de côté avec quatre tours rondes, un pont levis et des douves. Sa fonction était de protéger le village de serfs mais aussi de surveiller le carrefour déjà important. Situées dans l’actuelle rue du Vieil-Armand ses ruines disparaissent progressivement à la vue sous la végétation et derrière les clôtures de leurs propriétaires.

Au XVIIème siècle

Pendant la terrible Guerre de Trente Ans (1618-1648), la petite forteresse fut moult fois détruite et reconstruite. Livrée aux multiples bandes de soudards hors de contrôle, cette période ne fut pour nos villageois, comme pour tous les Alsaciens, que pillages, meurtres et désolation. En 1645 Pulversheim fût donnée en baillage aux Rosen déjà titulaires de la seigneurie de Bollwiller et ces derniers nommèrent un bailli (« ein Vogt ») qu’ils installèrent au petit château pour administrer cette sous-seigneurie et y rendre la justice en leur nom. Rappelons qu’en ces temps, les Pulversheimois étaient encore des serfs, sans aucun droit, et ils appartenaient à leur seigneur au même titre que les terres, les fermes et le bétail. Quelques vieilles bornes frappées des trois roses, l’emblème de la famille des Rosen, rappellent encore, ça et là dans nos vastes forêts, l’antique domaine seigneurial.

Sous la Révolution (1789-1799)

Par absence de descendance mâle dans la lignée des Rosen, le domaine de Pulversheim avait fini par échoir au Comte de Forbach, Guillaume de Deux-Ponts.  A l’arrivée de la Révolution, celui-ci, pour échapper aux représailles contre les familles nobles, « émigra » précipitamment de l’autre côté du Rhin. Ses terres de Pulversheim furent alors confisquées en 1793 pour être revendues en biens nationaux.

A l’avènement de l’ère Napoléonienne (1799-1815)

Les biens confisqués aux nobles émigrés attisèrent toutes les convoitises chez les nouveaux tenant du pouvoir : les Elus du peuple et les Hauts Fonctionnaires de l’Empire. La magnifique Forêt seigneuriale de Pulversheim séduisit le premier préfet du Haut-Rhin, Félix Desportes, un éminent diplomate très proche de Napoléon. Il racheta l’essentiel du domaine forestier en 1809 avec le manoir situé rue de Guebwiller (qui sera démoli en 1919). Il poursuivit l’œuvre d’embellissement du domaine déjà commencé sous les Rosen avec l’aide des frères Baumann, les célèbres pépiniéristes de Bollwiller. Il en fit une propriété forestière splendide avec allées cavalières, arbres rares, importation d’essences exotiques, jardins anglais, invités de marque… Il témoigna d’une réelle générosité sociale envers la toute nouvelle commune de Pulversheim et ses habitants, devenus maintenant des vrais citoyens. Mais il continua tout, comme les seigneurs avant lui, à interdire formellement l’accès à « sa » forêt par la population…

Après les fastes de l’Empire napoléonien et le retour à la monarchie de Louis XVIII, Félix Desportes, impliqué dans moult avatars politiques dû s’exiler à son tour. Il revendit l’essentiel de ses biens de Pulversheim en 1832.

De la Restauration (1815) à la Royauté Constitutionnelle (1830) puis de la IIème République (1848) au Second Empire (1852-1870)

Pulversheim change 4 fois de régime en 55 ans… et, prudente, jure docilement tour à tour fidélité au Roi, puis à la République, puis à l’Empereur selon les « obligations » du moment. A cette époque la forêt de l’Oberwald, au sud de la RD 430 est rachetée par les Schlumberger, industriels du textile de Guebwiller et aussi grands propriétaires viticulteurs. Ils continuent à mettre la splendide forêt en valeur pour l’exploitation du bois, la chasse, la production de tuteurs de vignes et la villégiature familiale d’été dans le Manoir ou dans le relais de chasse Chalet Grün. Celui-ci, en très bon état, existe toujours sur les berges de la Thur. La famille Schlumberger se montra aussi très bienveillante à l’égard de la Commune : construction d’un nouveau presbytère, de nouvelles classes pour permettre l’accès des filles à l’enseignement, d’un calvaire sur la Thur, etc…

L’ancienne forêt seigneuriale a été cédée par les Schlumberger il y a quelques années seulement. Par défaut d’acquéreurs, le Département du Haut Rhin s’en porta acquéreur. Longtemps préservée et sans cesse mise en valeur au cours des siècles, elle se meurt aujourd’hui d’avoir été trop longtemps exposée à la proximité de l’exploitation industrielle de la potasse, mais aussi d’être privée de son irrigation originelle par l’abaissement artificiel du lit de la Thur.

La guerre de 70 (1870-1871)

Alors que les armées se livraient bataille en Alsace du Nord et en Lorraine, au Sud on assistait surtout à des accrochages et des escarmouches entre les Prussiens et des groupes de Gardes Nationaux ou de Francs Tireurs sensés remplacer une armée française totalement absente du secteur. Comme les autres villages, Pulversheim, qui ne comptait que 350 habitants, reçu ainsi du gouvernement 40 fusils pour armer sa population contre l’armée prussienne… Entre leur curé qui exhortait les habitants au combat et leur maire soucieux de préserver leur vie, la prise officielle du village le 13 septembre 1870 par un détachement de trois cavaliers prussiens, à priori très bien renseignés par des espions, fut le cadre d’une scène tragique où le maire fut contraint de déterrer les fusils du cimetière où ils étaient cachés et où le curé humilié fut obligé de boire une bouteille de vin à la santé du Roi de Prusse.

47 ans de régime allemand (1871-1818)

Après la guerre de 70 et l’annexion de l’Alsace-Moselle par l’Allemagne, Pulversheim reprend son image paisible de village de paysans et de bûcherons agglutinés autour du « Winkel » (le méandre du ruisseau). On venait de très loin pour déguster les carpes du restaurant Tschantz (La truite) et se prélasser dans son parc de loisirs aménagé autour de ses étangs-viviers.

L’Allemagne de Bismarck avait entrepris de faire de l’Alsace reconquise une « vitrine » du développement industriel et social allemand : chemin de fer, bâtiments publics, usines, droit du travail…

C’est à cette époque que commença la prospection minière de la potasse sur le ban de Pulversheim (forages Rodolphe) au détriment d’un vaste pan de l’antique forêt seigneuriale. Le village se dota aussi d’un lieu de culte digne de ce nom avec la construction d’une église St-Etienne flambant neuve et vota le projet d’une nouvelle mairie-école de trois classes qui devait enfin sortir les élèves de l’insalubrité chronique de leur vieille classe unique.

Dans la tourmente de la guerre 14-18

Lorsque le tocsin sonne la déclaration de guerre le 1er août 1914, les Pulversheimois ne parlaient plus le français depuis presque cinquante ans. Alors, lorsqu’une avant-garde de l’armée française arrive dans le village, les soldats ne comprennent pas qu’ils ne soient pas acclamés comme des libérateurs… Ils se comporteront dès lors « comme en territoire ennemi » et emprisonnent préventivement le maire et le curé et déporteront l’instituteur. Le lendemain, ils se replièrent dans la vallée de Thann et la ligne de front se figera pour ne plus bouger jusqu’à la fin de la guerre.

Pulversheim, bien à l’abri de ses forêts, ni trop près ni trop loin du front, et hors de portée des canons français devint vite une véritable fourmilière d’activité militaire allemande d’intendance. La forêt abritait d’immenses camps de baraquements permettant l’arrivage des troupes fraîches qui partaient ensuite, à pieds, musique en tête, vers le Hartmannswillerkopf. Les blessés et les morts, de retour du champ de bataille, étaient soignés dans un grand hôpital de campagne route de Ruelisheim. Un camp de jeunes femmes nommé « Frauenheim », abritait, dans la forêt, route de Bollwiller, une centaine de « volontaires pour l’effort de guerre », chargées d’entretenir les routes, d’empierrer les allées forestières et d’extraire du gravier de la Thur. Le Chalet Grün des Schlumberger abritait le commandement et le parc des mortiers de montagne et le Manoir de Desportes, rue de Guebwiller, fut occupé par l’état-major. Enfin, sur les prés derrière le restaurant Niemerich, s’élevait chaque jour un ballon captif qui montait jusqu’à 700 mètres pour faire des photos panoramiques du front et diriger les tirs de canons à longue portée. Des bunkers fleurissaient partout dans la forêt, reliés par un réseau complexe de chemin de fer à voies étroites et de chemins forestiers empierrés. Le 23 septembre 1915, le Kaiser lui-même et le Kronprinz inspectèrent les installations  et les troupes stationnées à Pulversheim.

Lorsque la paix revient, les Pulversheimois comptent 15 soldats morts sur tous les fronts d’Europe, soit 1 mort pour 20 habitants. La population redevient française au pied levé et doit réapprendre la langue et le mode de vie de ses aïeux d’avant 1870.

1918-1938 Le passage du village agricole à l’ère industrielle

Joseph Vogt, industriel associé à Amélie Zurcher et quelques autres, avaient découvert la potasse à Wittelsheim en 1904. Ils fondent la société Kali Ste-Thérèse (KST), achètent une partie de la forêt de l’Oberwald de Pulversheim et forent le puits Rodolphe I en 1911 puis Rodolphe II en 1925. Très vite la main d’œuvre locale d’origine agricole et viticole ne suffit plus pour assurer le développement du bassin minier. Des accords politiques franco-polonais fixent alors les conditions d’une immigration en grand nombre de familles polonaises. Pour les accueillir KST et les MDPA investissent lourdement dans le domaine du logement et du social. A Pulversheim ce seront la cité Ste Thérèse sur le modèle des « cités–jardins » anglaises, une nouvelle mairie-école, un foyer des célibataires, un dispensaire, une coopérative alimentaire, etc…

La population qui n’était encore que de 376 habitants en 1930 passe instantanément à 918 en 1933 dont un tiers d’étrangers essentiellement polonais.

Ce choc démographique et culturel aurait pu déstabiliser la petite commune rurale si le bon sens paysan du vieux maire Hueber n’avait mesuré intelligemment les enjeux : éviter tout risque de fracture sociale en plaçant la toute nouvelle mairie-école à l’épicentre du « Winkel » (le vieux village agricole) et la « Colonie » (la cité ouvrière). Une intégration par  l’école et les services à la population : une réussite.

1939-1945 Annexion et nazification

Pulversheim ne fut pas évacuée à la déclaration de guerre, comme le furent les villages plus proche du Rhin. Ses habitants virent passer les troupes françaises vers le Rhin, puis refluer en désordre dix mois plus tard, avant de repasser une dernière fois sous forme de longues colonnes de prisonniers.

Aussitôt la machine de l’annexion se met en marche : « Hinaus mit dem welchen Plunder » (dehors le fatras français) disent les affiches de la propagande. Le français est interdit, les noms et prénoms sont germanisés, le port du béret est considéré comme une provocation lourdement sanctionnée. Commence alors le long et douloureux chemin de la nazification méthodique et brutale de la société.

– On enrégimente aussitôt la population de tous les âges : les adultes sont harcelés pour s’inscrire au parti nazi ou ses corollaires associatifs, les adolescents sont sommés de rejoindre « les jeunesses hitlériennes », les jeunes gens sont convoqués au RAD (service obligatoire du travail). Puis, à partir de 1942, les hommes sont enrôlés de force dans la Wehrmacht (ou la Waffen-SS) et envoyés sur tous les fronts. 53 jeunes gens natifs de Pulversheim furent ainsi des soldats allemands « malgré-nous » dont 13, soit 1 sur 4, ne reviendront pas.

– On expulse la population de ses « indésirables », jugés d’ascendance trop française pour être germanisables. 11 familles pulversheimoises sont ainsi jetées brutalement hors de chez elles avec 30 kg de bagages par personne. Elles furent toutes recueillies en Dordogne dans la cité sanitaire de Clairvivre pour la durée de la guerre.

On transplante ensuite les familles de « mauvais Allemands » dans des camps spéciaux en Allemagne aux fins de rééducation par le travail. Rendues responsables collectivement d’une faute commises par l’un de ses membres envers le Reich, par exemple un fils déserteur de l’incorporation de force dans l’armée allemande. 1 famille à Pulversheim.

On déporte vers les camps de concentration, voire d’extermination, les minorités mises au ban de la société nationale-socialiste : les juifs, les tziganes, les témoins de Jehovah, les homosexuels, les vagabonds, mais aussi les criminels de droit commun, les terroristes, les résistants… Il n’y eut heureusement pas ce cas de figure à Pulversheim.

On interne pour le moindre prétexte avancé par la Gestapo qui surveille tout le monde. En prison ou le plus souvent au sinistre camp de Schirmeck. A la fois camp de redressement et de rééducation, on y subit la violence, les humiliations et le travail forcé dans le froid et l’insalubrité. Pulversheim comptera 11 personnes, hommes et femmes, internées là pour divers motifs anti-allemands et pour plusieurs semaines  à plusieurs mois.

On déplace les enseignants alsaciens en Allemagne aux fins de « reconversion » : serment de fidélité obligatoire, formation idéologique nazie et formation aux méthodes éducatives allemandes. Sur les 6 instituteurs de Pulversheim, 2 subiront ce parcours forcé n’ayant pu se résoudre à démissionner et quitter l’Alsace au risque de confiscation de tous leurs biens.

On déporte des travailleurs et travailleuses pour effectuer du travail forcé en pays de Bade, dans les mines de Bückingen, dans les usines de Donaueschingen ou dans les fermes de Forêt-Noire. 33 hommes et 3 femmes de Pulversheim seront ainsi astreints au travail forcé dont 3 ne reviendront pas. De plus 11 ouvriers-mineurs du bassin potassique, dont plusieurs pulversheimois, seront raflés en septembre 1944 et envoyés en prison à Mulhouse puis vers des chantiers en Bade pour colportage de rumeurs sur une arrivée prochaine des Alliés en Alsace.

On réquisitionne la population civile à la fin de la guerre pour les travaux de défense à l’approche de la Première Armée Française par la trouée de Belfort. 50 hommes de Pulversheim sont envoyés creuser des tranchées anti-chars en octobre 1944 dans le Sundgau du côté de Courtavon et encore 18 hommes en novembre.

Ceux qui sont restés au village et les adultes sans emploi salarié, furent réquisionnés pour creuser des tranchées anti-char et des fossés de protection aux abords du village lui-même. La journée du dimanche 20 octobre 1944 ils furent ainsi 113 femmes et 75 hommes occupés à cette tâche.

On tentera même de constituer un Volkssturm (milice populaire armée pour la défense du village). Mais à Pulversheim, au grand dam du maire allemand, il ne restait plus assez d’hommes présents…

3 février 1945 : La libération tant attendue

L’espoir des Pulversheimois grandit fortement en septembre 1944, lorsque d’interminables convois allemands commençèrent à traverser le village pour remonter vers le nord. En novembre la Première Armée Française du Général de Lattre de Tassigny est bloquée à Mulhouse pour reconstituer ses troupes et son ravitaillement. Pulversheim, à 15 km seulement du front, dut donc attendre sa libération pendant deux longs mois supplémentaires en essuyant les tirs répétés de l’artillerie française sur son carrefour devenu stratégique.

Après les très durs combats de Wittenheim, l’attaque sur Pulversheim par le 23ème Régiment d’Infanterie Coloniale démarra à l’aube du 3 février à 7 heures depuis Schoenensteinbach. La 9ème compagnie simula une attaque massive de front, par la route de Mulhouse, pour mobiliser les Allemands sur le carrefour, tandis que la 10ème contournait le village par l’Ouest sur le chemin forestier du Rondelweg pour aller attaquer par surprise la défense allemande de la route de Guebwiller. La 11ème bloqua la route de Wittelsheim et attaqua le vieux village par le milieu à travers champs, pendant que les chars du 21ème RIC, arrivant de Ste Barbe, pénétrèrent dans la cité pour couper la route d’Ensisheim à l’ennemi.

Après un copieux bombardement « de préparation » sur le village et de furieux combats, « la tenaille »  se referma sur l’église à 16 heures. Pendant que les Allemands fuyaient vers Ensisheim. Bilan des combats : 5 Français tués, 7 Allemands et 95 prisonniers ainsi qu’une grosse prise de matériel. Bilan pour la société civile : 1 enfant perdit un œil, 1 homme sa jambe, et  des dégâts considérables sur les maisons.

Le héros du jour sera le Lieutenant Guéné qui commandait la 11ème compagnie arrivée par le Rondelweg. Il sauta par devant le char de tête, prit d’assaut à la mitraillette les défenseurs du verrou nord du village, fit 38 prisonniers, neutralisa 2 mitrailleuses lourdes et « nettoya » maison après maison le village jusqu’à l’église. Tué un mois plus tard en mission, la municipalité alla poser une plaque de reconnaissance sur sa tombe à St Malo et honore depuis, sa mémoire. Elle invite aussi régulièrement ses libérateurs du 23ème RCI aux cérémonies du souvenir du 3 février 1945.

Dès le 4 février 1945 : La reprise en main

Au lendemain des combats, le bilan est lourd. Des centaines de maisons sont gravement endommagées et une nouvelle autorité locale est à mettre en place d’urgence. Le carreau Rodolphe situé de l’autre côté de la Thur fut peu touché ce qui permit à KST de fournir des matériaux de première urgence aux habitants et un redémarrage rapide de la production.

Georges Bourgeois était arrivé à Pulversheim comme secrétaire général de mairie au début de l’occupation avant d’être incorporé de force dans l’armée allemande. Puis il déserte et rejoint Mulhouse. Le 4 février, doté d’un mandat d’Administrateur Provisoire, il fait son entrée au village pour prendre en main, à la tête des FFI, le maintien de l’ordre, la sécurité publique et l’administration de la commune dont il restera le maire pendant 32 ans. Deux ans plus tard en 1947, il y recevra le Général de Gaulle qui s’adressa à la population depuis le balcon de la mairie. Président du Conseil Général, Sénateur, Député, Maire et Président de très nombreuses organisations, il mena une grande carrière politique locale et nationale, dont il sut toujours faire bénéficier l’essor de son village d’adoption.

1945 – 1975 « Les Trente Glorieuses »…

Comme on l’a vu, le village de Pulversheim, exclusivement agricole et forestier jusqu’à la fin du XIXème siècle, doit son développement industriel tout au long du XXème siècle à l’ activité minière.

Au lendemain de la libération, pour assurer sa modernisation et la croissance continue de sa production, la société privée KST concède sa « Division Bollwiller » (les puits Alex et Rodolphe) aux mines publiques, les MDPA (Mines Domaniales de Potasses d’Alsace).

Pendant cette période de croissance exceptionnelle, la population de Pulversheim a doublé, passant de 1050 habitants en 46 à 2233 en 73. Avec la télé et la voiture elle a découvert la société de consommation. Les petits commerces individuels du village disparaissent progressivement concurrencés par des superettes puis des supermarchés et bientôt des hypermarchés tout alentour. Pour loger la jeune génération du baby-boom on ouvre des lotissements sur les terres d’une agriculture en déclin. Place à l’habitat individuel et aux petits « blocs » d’HLM. Peu à peu les prairies et les champs subsistant entre le vieux village et la cité minière se comblent, assurant la fusion définitive entre le monde rural et le monde ouvrier avec une population plus cosmopolite. Le rêve du vieux maire Hueber d’avant guerre de mettre sa nouvelle mairie « au milieu du village » est enfin exaucé. Comme pour corroborer cette vision, on y bâtit en 1968 une nouvelle église, St Jean, pour remplacer l’ancienne St Etienne devenue trop petite pour la paroisse et trop menacée par les affaissements miniers.

Mais le premier choc pétrolier de 1973 signe la fin de la croissance effrenée des « Trente Glorieuses ». Le 25 juin 1976 on remonte le dernier skip du puits Rodolphe avant la fermeture du carreau. Pulversheim entre dans une nouvelle ère.

Et pendant ce temps : la guerre d’Indochine (1946 – 1954),  puis la guerre d’Algérie (1954 – 1962)…

La première conduisit à l’indépendance coloniale du Vietnam. Elle dura 8 ans et ne semble pas avoir endeuillé directement des familles pulversheimoises.

La deuxième conduisit à l’indépendance coloniale de l’Algérie et dura 8 ans elle aussi. Elle fut longtemps qualifiée pudiquement d’« opérations de maintien de l’ordre » avant de n’être reconnue officiellement comme une vraie guerre qu’en 1999… Entre « maintenus sous les drapeaux », ou « rappelés » après leur service militaire, ou encore « appelés » du contingent, 90 jeunes hommes nés à Pulversheim furent envoyés combattre de l’autre côté de la Méditerranée où ils  perdirent l’un des leurs, Maurice Zagula, tombé en embuscade à Constantine.

1975 – 2000 : Pulversheim planifie sa croissance en matière d’emplois et de logements…

Après la prospérité des Trente Glorieuses, vient le temps de la reconversion industrielle et du développement raisonné. La relève des mines de potasse avait été préparée par les autorités par l’implantation dans la région d’importantes industries de dimensions nationales comme Peugeot, mais aussi par la multiplication des zones industrielles communales pour les PME et l’artisanat. Pour ne pas devenir une cité dortoir de la périphérie de Mulhouse, Pulversheim développa une petite zone d’emplois le long de la route d’Ensisheim et d’un lieu culturel sous la forme d’une salle polyvalente. Parallèlement à la politique municipale axée sur la maison individuelle, les maisons de la cité furent mises en vente à leurs occupants par KST à partir de 1974 et chacun s’attacha dès lors à rénover, agrandir et mettre son logement à son goût. L’absence de tout plan de coordination et d’accompagnement architectural pour les nécessaires transformations (absences de salles de bain, agrandissement des pièces de vie,..) conduit progressivement à la banalisation de ce patrimoine originel exceptionnel et à l’estompement progressif de la mémoire minière.

…et devient un centre d’Enseignement Technique renommé

L’ancien centre d’apprentissage des mines (installé dans l’ancienne maison des célibataires de KST) était devenu Ecole d’Enseignement Technique et Pratique des Mines (ETPM) en 1945.  Il devint Collège d’Enseignement Technique (CET) dès 1959 avant de devenir un Lycée d’Enseignement Professionnel (LEP) en 1977 dans des locaux flambants neufs rue de Ruelisheim. Aujourd’hui il est le « Lycée des Métiers Charles de Gaulle » et jouit d’une notoriété jamais démentie en revendiquant l’excellence en matière de chaudronnerie, électro-technique et sécurité.

…ainsi qu’un centre sportif rayonnant.

Au lendemain de la guerre la soif de sport fut grande. Le premier terrain de sport réalisé par les mines derrière leur centre d’apprentissage, permit le lancement en 1945 de l’Union Sportive de Pulversheim (USP), regroupant football et athlétisme sous la houlette de deux fondateurs dont les noms résonnent encore dans la mémoire de tous les sportifs locaux : Xavier Grosshaeny et Charles Bueb. Ce dernier fit rayonner l’athlétisme jusqu’à devenir le meilleur club d’Alsace en 1969 et le 27ème club national sur 1600… Pour plus de conformité le stade des mines reçu une tribune, une piste cendrée et un nouveau gazon en 1966.

En 1975 pour pouvoir viser l’homologation d’épreuves sportives aux normes olympiques, la piste reçu un revêtement exceptionnel de tartan permettant une pratique sportive tous-temps. Qui ne se souvient de la rencontre France – Suisse inaugurale d’athlétisme retransmise par l’ORTF en 1969 ! Pour parachever le tout un magnifique gymnase, largement financé par l’Etat et les mines, permit l’essor de la gymnastique, du handball, du volley, du basket… Ce complexe dans son écrin boisé fut longtemps l’un des plus beaux de la région. 

2000 – 2020 : un village à la recherche des bons équilibres

Le XXI ème siècle est annonciateur de toutes les prises de consciences. De quoi sera fait l’avenir ? La solidarité intercommunale vise à réfléchir en termes rationnels de bassin de vie, de bassin d’emplois et d’environnement. Pulversheim après avoir partagé son sort entre anciennes communes minières au sein de la CCBP (Communauté de Communes du Bassin Potassique) est ensuite intégrée à la CCAM (Communauté de Communes de l’Agglomération Mulhousienne) devenue CAMSA puis M2A (Mulhouse Alsace Agglomération). L’heure est à la solidarité en matière de programmation des politiques urbaines : accès pour tous aux grands équipements publics, répartition du logement, santé, transports, environnement… Mais comment préserver les particularités des communes périphériques quand elles bénéficient parallèlement des bienfaits de la grande ville. La quadrature du cercle ?

C’est l’un des enjeux de ce premier quart de siècle. Pulversheim a d’abord cherché à offrir une chance à ses anciens de rester vivre au village avec un programme de logements individuels séniors ; puis à la petite enfance en trouvant, sur place, une structure dédiée au périscolaire et un parc de loisirs sécurisé. Pour consolider son petit commerce de proximité et ses services, elle a engagé la structuration de son centre-bourg en achevant l’urbanisation autour du dernier quart du carrefour central.

Elle a aussi commencé à régénérer ses équipements vieillissants et dévoreurs d’énergie, notamment son complexe sportif, avec une re transformation complète permettant de poursuivre la voie du haut niveau sportif héritée de ses anciens.  Aujourd’hui la commune oriente sa réflexion vers une politique urbaine plus environnementale et se propose de réaliser des projets démonstratifs de transition écologique tels que des maraîchages associatifs en zone verte, un éclairage public plus sélectif, des déplacements doux à l’intérieur du village et une activité de construction orientée en priorité vers les périmètres déjà urbanisés.

Société d’Histoire de Pulversheim
Mai 2021
Sources : Chroniques de Pulversheim E Hirsinger 1977
Cahiers de la société d’Histoire de Pulversheim n° 6, 8, 9, 10
Diverses conférences et projections SHP non publiées